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Expédition médicale Rhône-Mékong 2016

mardi 13 décembre 2016



Retour au Centre de protection sociale de Tân Hiệp, province de Bình Dương.

L’année dernière, à la fin de son article, compte-rendu de l’expédition médicale 2015,
notre organisateur Lê Nhựt Minh avait écrit :
“…Lors des salutations pour le départ du groupe, les regards des pensionnaires font
surgir en moi les images du film ‘Les Misérables’ tiré du livre de Victor Hugo…
Je me dis qu’il faut chercher les moyens pour revenir avec ces hommes et ces femmes coupés du monde.”

Eh bien, cette année, nous y retournons, avec la présence de deux membres du Club Rhône-Mékong venus de Lyon : Mỹ Vân et moi.
Nous sommes donc partis de bon matin le dimanche17/7/2016 de Hồ-Chí-Minh Ville en direction du Nord. Après le pont de Bình Triệu, à l’entrée de la province de Bình Dương, notre convoi se forme. Il est composé de trois minibus et d’une voiture particulière, transportant en tout environ quarante personnes dont une trentaine de personnel médical : médecins, infirmiers, infirmières, étudiants en médecine, pharmaciens, préparateurs en pharmacie et dentistes. La présence de ces derniers a été très appréciée l’année dernière.

Le personnel provient de nombreux hôpitaux et centres médicaux : Hôpitaux du Peuple de Gia Định (2), de Củ Chi (2), Centre médical international de Yersin de Hồ Chí Minh-Ville(1), Pôle de cliniques polyvalentes Sài Gòn-Bình Dương (3), Centre d’appel d’urgence 115 (2), Université de Médecine et de Pharmacie (1), Centre dentaire privé (2), pharmaciens et préparateurs en pharmacie (11)…

Le Club Rhône-Mékong subventionne l’expédition avec la somme de 40 millions de đồng, soit environ 1600 euros dont la part principale est réservée à l’achat des médicaments.

Nous avons à traverser toute la province de Bình Dương du Sud au Nord, d’abord la ville de Thủ Dầu Một, célèbre pour ses poteries, maintenant renovée avec son large boulevard Bình Dương, puis nous avançons le long de la RN 13, dépassons le district de Bến Cát, le quartier industriel de Bầu Bàng. Nous rentrons dans la province de Bình Phước par Chơn Thành, la route maintenant est bordée de plantations de caoutchouc ; après An Lộc, nous bifurquons à gauche pour pénétrer dans la forêt des plantations de
caoutchouc. Les ouvriers des plantations sont les principaux habitants du coin ; malheureusement, le prix du caoutchouc a fortement baissé ces derniers temps, d’où des conditions de vie plus difficiles pour eux.

En allant plus profondément dans cette forêt, nous arrivons au ‘Centre de protection sociale de Tân Hiệp’, localisé administrativement au village Minh Đức, district Hớn Quản, province de Bình Phước. Complètement isolé, ce Centre est un vaste domaine de dix hectares bien arboré avec beaucoup de jacquiers et de nombreux bâtiments : bâtiments administratifs, logements, réfectoires, infirmerie, ateliers…

Le Centre est sous la tutelle du Département du Travail, des Invalides de guerre et des Affaires sociales de Hồ Chí Minh-Ville. Il existe une quarantaine de centres semblables. Leur mission est le regroupement des SDF, leur protection et leur surveillance. Sous cette abréviation française de SDF, figurent de nombreuses catégories : personnes âgées et personnes de sexe feminin de tout âge sans domicile fixe, sans ressources, sans famille ou abandonnées par leur famille, mendiantes ou non, elles sont au
nombre d’environ de deux cent vingt et sont logées dans la Zone 1. Les personnes de sexe masculin de moins de 60 ans, sans domicile fixe, sans ressources, sans papier pour diverses raisons sont regroupées dans la Zone 2, leur nombre est de quatre cent vingt. Tout le monde est logé et nourri gratuitement de façon très convenable selon l’avis général (trois repas par jour, menu varié et très correct, logement en dortoir).
Les gens de la Zone 1 peuvent effectuer de menus travaux (désherbage par exemple) pour de petits salaires, quelques dizaines de milliers de đồng par mois. Les personnes de la Zone 2 peuvent travailler dans plusieurs domaines : culture de légumes, élevage du bétail pour les besoins en nourriture du Centre, préparation de noix de cajou (enlever les coques), fabrication artisanale de lanternes, travail à l’atelier de poissons (faire mariner les petits filets de cá bò giấy, les regrouper en morceaux plus grands, les sécher au soleil puis au séchoir, enfin les emballer). Les salaires varient entre plusieurs centaines de milliers de đồng à un million.
Certains jeunes sont envoyés comme apprentis dans des entreprises et sont embauchés s’ils donnent satisfaction. Pour quitter le Centre, les pensionnaires doivent avoir une garantie d’accueil de la famille certifiée par les autorités locales ou, pour les jeunes, être embauchés par une entreprise après leur apprentissage.
Ce sont des conditions difficiles à remplir.
Nous avons interrogé un certain nombre de pensionnaires, la plupart se trouvent au Centre depuis de nombreuses années, jusqu’à 17, 18 ans pour certains. Ils viennent de toutes les régions du Việt Nam, beaucoup sont originaires du Nord.
Mme Hà Thị Diễm Hương, 75 ans, originaire de Hà Nam, est au Centre depuis dix ans.
Mme Phạm Thi Thu, 75 ans aussi, originaire de Hải Phòng, est au Centre depuis dix-huit ans. Elle trouve que la vie est supportable dans le Centre en dépit de ses maladies de vieillesse (rhumatisme, respiration difficile…).
Mme Đỗ Thu Hà, 60 ans, est au centre depuis 2008, elle est atteinte de maladie pulmonaire, elle a encore sa mère dans le district numéro 2 de Hồ Chí Minh-Ville, mais cette dernière ne peut rien pour elle.
M. Phạm Văn Minh, 60 ans, est au Centre depuis douze ans. Il déclare qu’il est ici parce qu’un soir, il a raté le bus pour Gò Công en traînant dans un bar, puis est pris dans un
contrôle où il n’a pas pu montrer ses papiers. Il a un frère à Gò Công.

M. Đoàn Công Hữu, 60 ans, originaire de Hồ Chí Minh-Ville, district numéro 11, au Centre depuis dix-huit ans, explique qu’il a une demi-sœur, mais que les relations familiales ne sont pas faciles !
Plus jeune, M. Mai Văn Viễn, 43 ans, originaire de Thanh Hoá, est allé au Sud en 2013 avec un groupe de personnes de son village mais, en chemin, il s’est fait dépouiller de tous ses papiers et de son argent. Entré au Centre en 2014, il travaille dans la culture des légumes et gagne 200 000 đồng par mois.

Les pensionnaires peuvent téléphoner à l’extérieur une fois par semaine avec le téléphone du Centre. Certains pensionnaires nous demandent de téléphoner à leur famille, mais les numéros ne sont plus valables !

Le personnel du Centre, au nombre d’une centaine dont trente sont affectés à l’infirmerie comporte un docteur,neuf médecins et sept infirmiers…

Les soins médicaux sont assurés au Centre ou, au besoin, dans un hôpital en ville. Il y a néanmoins un problème de plafond des coûts, budget oblige.

L’expédition médicale de Rhône-Mékong correspond à une visite médicale pour tous les
pensionnaires du Centre (643), le matin pour ceux de la Zone 1 et l’après-midi pour la Zone 2. Il y a une centaine de cas de soins dentaires dont beaucoup d’arrachage de dents. A la fin de la journée, il n’y a quasiment plus de médicaments
pour les derniers examinés !

A 17 heures, le travail est fini grâce à une bonne organisation et une coordination efficace entre le Centre et notre groupe. Le groupe prend le chemin du retour. Les personnes âgées du Centre expriment alors un souhait : comme les visites sont très rares, elles souhaitent qu’à la prochaine expédition Rhône-Mékong il y aura
pour eux quelques petites gâteries pour améliorer leur quotidien : thé, cigarettes, sucreries… se les procurer.
L’ordinaire étant assuré par le Centre, quelques douceurs leur feront certes bien plaisir…

Je suggère au Centre l’ouverture d’une bibliothèque, mais les pensionnaires ont déjà la télé !
Il faut préciser qu’il y a au Centre des cours pour les connaissances générales élémentaires.

Cette expédition m’a permis de comprendre pourquoi Hồ Chí Minh-Ville n’a plus de mendiants : s’il en existait, ils seraient regroupés dans un Centre comme celui-ci. Une solution vaut mieux que pas de solution. Et si la misère humaine est immense, un peu d’aide apporte quand même quelque soulagement ! En venant ici, les bénévoles ne font pas seulement de la visite médicale, ils apportent aussi la chaleur humaine et propagent la solidarité. Mon voisin de table au repas de midi, docteur en médecine
de son état, me confie : ‘J’effectue ces expéditions tous les dimanches. C’est un mode de vie pour moi. Cette habitude devrait se répandre chez tout le personnel medical’. Tant qu’il y aura ces hommes et ces expéditions, l’espoir de solidarité humaine vivra. C’est fondamental en ces temps plus que troublés et le Club Rhône-Mékong est fier d’y participer.

Lâm Thành Mỹ


Association Culturelle et Humanitaire Franco-Vietnamienne

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